A qui profite le tourisme ?

A Amsterdam où l’on constate une urgence largement dépassée face à l’invasion destructrice du tourisme de masse, on résume la situation en disant :« Il n’est pas midi moins cinq (11h55) : il est midi cinq (12h05) » .

Un récent article intitulé « A qui profite le Tourisme ? » et sous-titré « Foutez le camp avec vos petites valises de merde » est paru dans le journal « De Groene Amsterdamer »* : Wie profiteert er van het toerisme? Oprollen die rotkoffertjes.

Ce texte analyse pourquoi l’idée que la ville tire des avantages du boom des visiteurs n’est qu’un mythe.
En réalité le tourisme coûte davantage à Amsterdam qu’il ne lui rapporte.

A l’époque de la crise il y a quelques années, Amsterdam a ouvert tout grand sa porte au tourisme avec l’aide d’Amsterdam Marketing, l’agence chargée de promouvoir l’attractivité de la ville.

Si l’on en croit les chiffres avancés par l’agence de marketing, il faut croire qu’elle a bien fait son travail en termes de destination touristique : l’afflux de touristes serait en forte augmentation à Amsterdam avec l’arrivée de 17 millions de touristes en 2017.

Cette invasion fait d’ailleurs l’objet d’une véritable levée de boucliers de la part des habitants et des trois associations qui défendent leurs droits : Amsterdam in Progress, VVAB et Wij Amsterdam. Elle est d’ailleurs quotidiennement relayée par des articles dans la presse.

Des associations de commerçants du centre ville sonnent eux aussi l’alarme souhaitant attirer à nouveau plus de résidents amstellodamois et locaux, une catégorie de clients qui dépense bien plus d’argent que les visiteurs étrangers. Presque la moitié des touristes étrangers qui arpentent les rues, ne franchissent pas la porte d’un seul magasin : ils errent sans but.

Un nombre toujours croissant d’entrepreneurs, de résidents et d’experts lancent également des avertissements contre les excès du tourisme de masse à Amsterdam.

L’argument massue de la Ville pour défendre ce raz-de-marée touristique est que la Ville profite grâce à lui d’un extraordinaire boom économique. Elle avance à l’appui des chiffres très flatteurs. Or, comme le démontre « De Groene Amsterdamer », les calculs d’Amsterdam Marketing sont faussés et la manne financière que la ville est censée tirer de l’invasion touristique est en fait un mythe. Bien plus, le tourisme coûte à Amsterdam plus qu’il ne lui rapporte. Les frais occasionnés par le tourisme se montent en réalité à 64,5 millions d’euros alors que les revenus directs apportés par le tourisme se montent à 64,1 millions d’euros.
La différence de 400 000 euros représente ce que coûte le tourisme (uniquement en numéraire) à la Ville d’Amsterdam, donc à ses habitants, ce chiffre ne prenant pas en compte tous les dommages et préjudices subis par les habitants de la ville en raison de l’afflux d’un tourisme massif qui altère leur qualité de vie. Une investigation plus approfondie montre que le tourisme coûte en fait à Amsterdam environ 71 Millions d’euros par an.

L’enquête développée par le journal propose plusieurs axes critiques.

On dit que le tourisme fait rentrer de l’argent, mais en réalité l’argent engrangé par le tourisme sort du pays !
Car les entreprises qui possèdent les bateaux-mouches, le musée de cire Mme Tusseaud et beaucoup d’autres entreprises de divertissement comme par exemple Merlin Entertainment sont des entreprises étrangères.
De même beaucoup d’hôtels et de bars appartiennent à des étrangers. Les profits concernent en fait un petit groupe d’entrepreneurs qui appartiennent à de très grands groupes reliés à des empires (banques, Walts Disney,…).

Amsterdam Marketing a calculé le nombre d’habitants qui travaillent dans le tourisme pour faire valoir le profit éonomique généré par ces emplois mais les chiffres d’Amsterdam Marketing sont faussés car beaucoup de secteurs (musées, transports : taxis, trams et bus, culture : théâtre, bateaux-mouches) ne relèvent pas exclusivement du tourisme mais font partie des services largement utilisés par les habitants. On ne peut donc pas considérer que ces emplois sont générés par la seule activité touristique.

Qu’en est-il des dépenses générées par le tourisme à Amsterdam ?
Qui paye les ambulances pour transporter les personnes ivres et/ou droguées (une partie non négligeable du tourisme à Amsterdam est liée au commerce de la drogue) ?
Qui paye les policiers supplémentaires dont la présence est rendue nécessaire en raison de l’afflux des touristes de la drogue ?
Qui paye les employés municipaux supplémentaires dans les transports ? Et les fonctionnaires qui contrôlent les locations Airbnb ?
Qui paye les 18 millions d’euros de dépenses pour financer la main d’oeuvre chargée de l’entretien?
Les 2 millions dépensés pour le transport ?
Le 1,5 million pour les ambulances ?
Les 7 millions pour la police ?
Les 27 millions investis dans les musées ?
Les 9 millions investis dans le secteur des croisières ?
Au total, les 64,5 millions de coûts générés par le tourisme ?

De surcroît, pour absorber l’afflux croissant de visiteurs, le Terminal pour les croisières va être entièrement déplacé. Coût de l’opération : 153 millions d’euros. L’on est aussi en train d’élargir les écluses pour faire rentrer les grosses croisières : 350 milions .
Tous ces coûts ne sont pas imputables au tourisme et l’investissement peut être amorti sur plusieurs années. Mais en additionnant les différents postes de charges, le coût du secteur des croisières se chiffre vite à neuf millions d’euros par an.

Des chiffres controversés

Nombre de visiteurs extérieurs et argent dépensé : Amsterdam Marketing avance le chiffre de 17 millions de visiteurs mais une organisation nationale, « The Netherlands Board of Tourism & Conventions » (NBTC**) évalue le nombre de véritables touristes à seulement 6,8 millions.

Amsterdam Marketting avance le chiffre de 9,7 milliards d’euros par an pour les rentrées d’argent du tourisme.
Or le Bureau NBTC donne le chiffre 5,2 milliards d’euros.

Nombre d’emplois générés par le tourisme ?
Le nombre d’emplois générés par le tourisme se chiffre à :
- 154 000, selon Amsterdam Marketting :
- 61 000, selon le bureau d’étude Onderzoek, Informatie en Statistiek (OIS*** ), dont 10 000 à 15 000 dans la restauration.
Par ailleurs, la valeur ajoutée de l’emploi touristique est marginale et beaucoup d’emplois que l’on attribue au tourisme n’ont en réalité que peu de rapport avec celui-ci. Les dépenses de « restauration » sont ainsi à attribuer, pour plus de la moitié, aux résidents amstellodamois.
Cela veut dire que le tourisme ne génère pas 32 000 mais à peine 15 000 emplois dans la restauration, emplois dont un quart sont de « petits boulots » à temps partiel de moins de 12 h/semaine.

Ce que le tourisme rapporte en revenus directs, est plus facile à calculer. Le Trésor de la Ville en profite sous forme de taxe de séjour (60,8 millions d’€ en 2015) et taxe sur les billets de bateau-mouche (3,3 millions d’€ en 2015). Toutefois, l’on ne cherche pas à savoir dans quelle mesure ces 64 millions d’€ contrebalancent les coûts directs (voir supra : secours, SAMU, Police, surveillance du tourisme et des manifestations, coût du secteur « croisières »).

Coûts indirects

Le tourisme ne fait pas que rapporter, il engendre des dépenses.
Ces coûts indirects sont à la charge de la société et doivent être comptabilisés en rapport avec le pourcentage d’utilisation et de fréquentation réel des touristes.

Il y a des coûts indirects sous forme de subventions octroyées, par exemple aux musées. Le Musée Stedelijk reçoit de la municipalité plus de 12 millions d’euros de subvention et le Musée d'Amsterdam plus de 8 millions d’euros. Les attractions les plus visitées de la ville, que sont le Rijksmuseum et le Musée Van Gogh, touchent respectivementt 6,5 millions et 1,35 millions d’euros de subventions.

Le transport des touristes rapporte de l'argent, mais il en coûte également. Les trams de la GVB (société des transports de la ville) touchent 39 millions d’euros de subventions En proportion de l’utilisation du tram par les touristes (5%), ce sont donc deux millions de subventions à qui s’ajoutent aux dépenses faites pour le tourisme.

La promotion de la ville coûte également : Amsterdam Marketing touchera cette année une subvention de 3,85 millions.

Il apparaît donc qu’un certain nombre de coûts cachés n’apparaissent pas dans les calculs d’Amsterdam Marketing.

En fait, un calcul rapide fait monter le compteur des dépenses publiques à 71 millions d’euros annuels, bien plus donc que les recettes de taxes de séjour et de bateau-mouche de 64 millions d’euros.

Les coûts des dégâts collatéraux du tourisme

Dans une analyse approfondie des pertes et profits, il faudrait également prendre en compte en plus les « frais doux » ( ‘zachte kosten’), autrement dit le coût des dégâts collatéraux du tourisme que sont les nuisances, la baisse de la qualité de vie, l’effritement de la cohésion sociale et la disparition de commerces authentiques et de commerces de proximité. C’est plus difficile à traduire en chiffres, mais c’est un coût indéniable et hautement pénalisant.

Le fait que presque trois quarts des résidents amstellodamois évitent le centre-ville à certains moments à cause de la foule «est une indication que le tourisme de masse porte possiblement atteinte à la qualité de vie et d’habitation de la ville », estime Gerard Marlet, économiste, historien et auteur de l’Atlas à l’attention des municipalités.(lien : https://www.atlasvoorgemeenten.nl/contacten/63-gerard-marlet )

On relève d’autres indices similaires.

Le nombre de visites de musée, par exemple, augmente globalement, mais la part de visiteurs néerlandais diminue au Rijksmuseum comme à la Maison d'Anne Frank.

Le nombre de visiteurs par résident est plus élevé à Amsterdam que dans des villes comme Rome, Barcelone, Londres et Berlin. Marlet compare Amsterdam à des villes comme Venise et Bruges où le centre a fini par être dominé par le tourisme et qu’abandonnent les résidents qui font face à
- un appauvrissement et une diminution de l’offre commerciale et également à
- la hausse des prix des maisons, due notamment à l’augmentation du tourisme de masse et la location par AirBn.

L’année dernière Amsterdam est tombée de la quatrième à la onzième place dans le classement des villes attractives établi par Arcadis.

A qui profite vraiment le tourisme ?

C’est ainsi que les bénéfices de l’économie du tourisme profitent à un nombre restreint d’entrepreneurs jouant avec succès sur le comportement du touriste de masse. Il s’agit des entreprises hôtelières, de la restauration, de propriétaires immobiliers, des bailleurs AirBnB à grande échelle et de l’entreprise AirBnB elle-même, des grands musées, des armateurs de bateaux-mouche, des organisateurs de visites organisées et du nombre toujours croissant de vendeurs de glaces, gaufres et fromage. La tendance est que les grands continuent de s’agrandir et que les recettes gagnées à Amsterdam disparaissent de plus en plus souvent au-delà des frontières nationales.

L’hôtellerie prospère... C’est précisément dans ce secteur qu’une grande partie des bénéfices part à l’étranger. Cette attention de la part d’investisseurs étrangers n’a pas de quoi étonner. Le nombre de nuitées en hôtel au mois de janvier par exemple a doublé en six ans pour atteindre un million. En dehors de cela, elle a gagné des centaines de millions d’euros par des services et produits annexes tels que le petit-déjeuner, le bar de l’hôtel et le roomservice. Les grandes auberges ont elles aussi des propriétaires étrangers.

Cela signifie qu’une grande partie des bénéfices générés dans ces hôtels disparaît immédiatement sur des comptes en banque à l’étranger et n’ajoute pour ainsi dire rien à l’économie locale à part des emplois. Toutefois, le nombre d’emplois en hôtellerie croît bien moins vite que le nombre de visiteurs.

Bien que le conseil municipal ait décidé entretemps une interdiction d’ouverture de nouveaux hôtels dans les parties les plus demandées de la ville, les années à venir verront encore apparaître 22 hôtels au centre. Dans toute la ville, des licences avaient déjà été octroyées pour un total de 100 hôtels à construire encore.

AirBnB... La plateforme de location AirBnB rentre dans ce cadre de concentration de pouvoir et de bénéfices partant au-delà des frontières. L’intermédiaire se veut une plateforme entre simples propriétaires de maison pour de simples touristes mais contre toute apparence, ici aussi, de grands acteurs opèrent.

Grâce à divers subterfuges, un appartement peut être loué via AirBnB au-delà de 60 jours par an et sans appartenir à un simple particulier. Comme le montre l’exemple du mystérieux « Sammy » - bailleur fantôme ou multipropriétaire ?- les bailleurs AirBnB peuvent travailler à grande échelle. (voir illustration)

Celui qui, à Amsterdam, profite le plus est d’ailleurs la société américaine AirBnB elle-même. Les locataires paient entre 6 et 12% du prix de l’appartement à cette organisation, auxquels s’ajoutent 3 à 5% à payés par les bailleurs eux-mêmes.

Développement d’un commerce touristique de masse... La qualité des produits vendus dans les magasins de souvenirs se dégrade.
Un commerce de faïence bleue de Delft, constatant que de plus en plus de clients ne recherchent désormais que des souvenirs, adapte son offre à l’évolution de la demande : porte-clés, moulins en miniature, petits sabots. L’entreprise produit ses souvenirs bas de gamme en Chine. Le commerce tourne bien, le chiffre d’affaires augmente. Mais une nouvelle évolution est en cours : la vente de souvenirs... par distributeur automatique !

Dans le secteur du fromage on assiste à une véritable explosion : expansion du nombre de magasins par entreprise et expansion du nombre d’entreprises elles-mêmes. Ces magasins tendent à noyer de leurs produits le célèbre Marché aux Fleurs qui voit entretemps son offre de fleurs s’appauvrir et risque de n’avoir bientôt plus de fleuri que son nom, si des mesures de protection ne sont pas prises.

Les établissements de restauration rapide, quasiment exclusivement fréquentés par les touristes se multiplient et une récente expérimentation autour de l’ouverture au public jour et nuit, ne peut que lui profiter.

Les gaufreries, glaciers, établissements de restauration à emporter et magasins de fromage et de souvenirs se multiplient dans les principales rues touristiques de la ville.

Au printemps 2017, les quatre premières succursales de Dunkin’Donuts ont ouvert leurs portes, et une cinquième s’annonce déjà pour bientôt. Ce sont des établissements franchisés, exploités par l’entrepreneur américain Roberto Fava, déjà connu pour les 9 magasins d’Ice Bakery au centre-ville et le magasin Duo Penotti au Rokin, en face de l’Industrieele Groote Club.
La mairie, sans le vouloir, a contribué à cette croissance rapide des glaciers et gaufriers en exonérant depuis 2009 les glaciers de licence en restauration.

Développement de véritables empires touristiques... On constate, concomitamment au développement du tourisme de masse, le développement de véritables empires touristiques, comme celui de Tours & Tickets, chaîne aux apparences d’office de tourisme qui a su se développer en peu de temps, parfois avec le soutien actif de la ville d’Amsterdam et ne cesse de grandir en se diversifiant au fil des années.
On observe la même orientation dans le secteur des bateaux-mouches : les grands acteurs ne cessent de prendre de l’envergure tandis que les petites entreprises passent à côté des bonnes occasions et perdent même leurs licences.

La position de la Ville... Alors que les entrepreneurs disent préférer les Amstellodamois et les locaux, et tandis que les chercheurs et analystes alertent sur le danger d’une ville touristique sans âme, le conseil municipal cherche encore quelle position adopter.

La Ville a diligenté une enquête indépendante mais hésite sur l’interprétation des chiffres. Les avis diffèrent entre élus.

L’adjointe Kajsa Ollongrense minimise et se réjouit de ce qu’« Amsterdam est florissante et animée » et « rayonne de santé ». Elle prévoit une Charte pour les tours-opérateurs...

Le maire Eberhard van der Laan, tout en ayant clamé l’urgence de la tâche en octobre 2016 lors de la conférence annuelle sur l’ « État de la Ville » , parle maintenant d’« équilibre » et se contente de faire quelques suggestions.

Dennis Boutkan, conseiller municipal PvdA (parti travailliste), reconnaît l’urgence du problème, les limites de la surveillance et la nécessité de « limiter la concentration de commerces touristiques ».
Il plaide également pour une orientation par l’immobilier, seule façon de protéger la ville contre les propriétaires immobiliers et les entrepreneurs qui se jettent sur le centre ville « comme sur un morceau de viande rouge » pour le dépecer.

Les entrepreneurs du Damrak, de la Dam, du Rokin, de la Kalverstraat et de la Nieuwendijk se joignent à ces protestations et constatent qu’« aujourd’hui, la Mairie s’habille en quelque sorte d’impuissance, comme si elle était un spectateur alors qu’elle est quand même la première concernée ».

(Cette étude a pu être réalisée grâce au soutien de Fonds 1877****.)

Notes :
* De Groene Amsterdammer (« L'Amstellodamois Vert ») est un hebdomadaire indépendant néerlandais, publié à Amsterdam mais diffusé à l'échelle des Pays-Bas. Il constitue, aux côtés de Elsevier, HP/De Tijd et Vrij Nederland l'un des médias les plus influents dans son domaine. Fondé en 1877, il constitue en outre l'un des plus vieux médias néerlandais toujours en activité.

** NBTC :The Netherlands Board of Tourism & Conventions, est l’organisme chargé de la promotion des Pays-Bas au niveau national et international.

*** OIS : Onderzoek, Informatie en Statistiek, Recherche, Information et Statistique est un organisme d’étude chapeauté par la Ville d’Amsterdam.

*** FONDS 1877 : fonds de dotation qui finance des enquêtes journalistiques approfondies d’investigation.

Publié dans Actualités | Un commentaire

Bilan annuel satisfaisant pour la Direction des Transports et de la Protection du Public de la Préfecture de Police de Paris

Article paru sur le site de Vivre le Marais !
Pour sa 8ème édition du Comité Local des Usagers, le Directeur de la Direction des Transports et de la Protection du Public (DTPP) de la Préfecture de Police, Jean Benet, entouré de ses principaux collaborateurs avait convié nombre de représentants d'organisations professionnelles et d'associations d'usagers. Plusieurs membres du Réseau "Vivre Paris !". Assistaient aussi à la réunion des responsables de la Préfecture et de la Mairie de Paris.

Les sujets les plus importants ont porté sur la nouvelle répartition des compétences avec la Mairie de Paris et la communication de statistiques intéressantes relatives à la DTPP.

Il a été ainsi confirmé que la Mairie de Paris avait désormais compétence sur les périls en immeuble d'habitation et la salubrité des bâtiments à usage d'hébergement. Il en est de même pour les fourrières et d'une partie des attributions de l'ex BACN regroupées au sein du BANP (Bureau d'Action Contre les nuisances Professionnelles) de la Ville de Paris qui a autorité dorénavant sur les nuisances sonores et olfactives émanant d'une activité professionnelle.

Aucun changement de rattachement n’est intervenu pour les objets trouvés, le traitement des signalements de nuisances dues à la diffusion de musique (il est recommandé d'utiliser l'adresse mail : musiqueamplifiee@interieur.gouv.fr), le contrôle des établissements et locaux recevant du public et diffusant de la musique.

Des statistiques intéressantes relatives à l’année 2016 ont été commentées. Il a été noté une baisse du nombre de mesures administratives (-4,40 %) à l’encontre des débits de boissons en raison semble-t-il de davantage de contrôles opérés. Les demandes d’autorisations d’ouverture de nuit (445) sont en nette diminution (- 15,40%).

6 000 déplacements ont été recensés dans le cadre de la lutte contre les nuisances avec 2 500 établissements contrôlés. 202 0000 enlèvements fourrières (221 000 en 2015) ont eu lieu et dans le même temps, 60 000 usagers se sont rendus au Bureau des objets trouvés et fourrières.

La DTPP a souligné combien elle attachait de l’importance aux vecteurs d’informations à destination des usagers et aux efforts qu’elle menait pour améliorer la qualité de ses services (site Internet, réseaux sociaux, blog, applications mobile…).

Au fil des questions posées, nous avons compris qu’il était difficile de trouver des solutions face à la mendicité, que le n° d’appel 34 30 mis en fonction à la demande du Préfet le 18 janvier 2017 pour les objets trouvés était plus efficace (14 500 appels recensés au 30 septembre depuis mi-janvier).

Des restitutions d’enquêtes de satisfaction plutôt favorables par service ont clôturé ce comité annuel dont le principe est apprécié des participants.

Publié dans Actualités | Un commentaire

Conférence Nationale de la Vie Nocturne - Une nuit citoyenne et responsable

Les 14 et 15 septembre s'est tenu la Conférence nationale de la vie nocturne à la Cité de la Mode, à Paris. Plusieurs membres des Réseaux "Vivre Paris!" et "Vivre la Ville!" y ont assisté.
Notre compte-rendu de la table ronde "Une nuit citoyenne et responsable".

Intervenants : Nicolas Prisse, président de la MILDECA, Delphine Clerc, directrice adjointe du sce Sécurité Tranquillité Publique de la ville de Besançon, Lilian Babé, directeur de Soléa, Laurence Comminette, responsable de la Communication à la ville de Liège, Chris Blache, association Genre et Ville, Stéphane Bribard, élu du 10e arrondissement de Paris en charge de la sécurité et de la prévention, un représentant de la mairie de Lyon (élu ?) chargé de la sécurité publique.

N. Prisse (médecin de santé publique) présente la Mildeca – Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives -, petite commission interministérielle de 30 personnes directement rattachée au Premier ministre (à l’origine, notamment, de la salle de consommation à moindre risque du 10e, installée en collaboration avec Stéph. Brimard de la mairie du 10e). Se dit pour des méthodes « iconoclastes », travaille ainsi sur l’urbanisation et l’aménagement du territoire, sans faire de discours moral, parle de lois protectrices, pas bêtement répressives. Prépare actuellement un nouveau plan gouvernemental qui doit entrer en vigueur en 2018 pour lutter contre drogue, tabac, alcool (binge drinking). Est très demandeur d’informations, encourage l’assemblée à lui faire remonter toute info sur actions menées ici ou là. Travaille avec l’EFUS, s’appuie beaucoup sur ses études.

La ville de Besançon a chargé Lilian Babé du CSAPA (Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention des Addictions) SOLEA, d’une mission de réduction des risques en milieu festif, axe essentiel de sa politique concernant la vie nocturne. Besançon compte un nombre important d’étudiants mais attire également de nombreux jeunes (non étudiants) des alentours, notamment de Pontarlier. Les actions menées sont classiques (information, médiation, chartes) et concernent toutes les parties prenantes, la tranquillité publique est prise en compte. L. Babé insiste toutefois sur l’organisation de fêtes sans alcool, à la fois démonstratives et incitatives, qui rencontrent un réel succès (projet « La fête à Besac, - d’alcool c + cool »).

Laurence Comminette, de la mairie de Liège expose le cas du « Carré », quartier hyper festif/estudiantin. En Belgique, il n’y a pas d’heure imposée de fermeture des bars, mais le bourgmestre, qui jouit de pouvoirs de police équivalents à nos préfets, peut fixer un couvre-feu… ce que celui de Liège a tenté de faire en 2013 pour ramener l’ordre dans le Carré où les beuveries et incivilités étaient allées jusqu’à l’agression d’une escouade de policiers en intervention, finalement obligés de rebrousser chemin. Devant le tollé suscité par la décision (extinction des feux à 2 h. du matin), la mairie est revenue sur la décision et a privilégié la communication (« la communication est la clé des choses »), l’information, le porte à porte des bars et… une forte présence policière. « En Belgique, la police est là pour protéger. » L. Comminette souligne combien elle est étonnée, en France, de constater l’absence de policiers. La démarche de la mairie a été couronnée de succès, l’ordre a été rétabli. L. Comminette précise toutefois que deux caractéristiques distinguent le Carré d’autres lieux festifs d’autres grandes villes : d’une part il n’y a pas de riverains, d’autre part quasiment tous les Liégeois ont un fort lien affectif avec ce quartier et ont soutenu l’action de la mairie. Pour autant, à Liège aussi il y a d’importants problèmes de riverains, difficiles à régler, en particulier dans les nouveaux quartiers piétonniers, la mairie n’ayant pas le pouvoir de restreindre l’implantation des bars. Aujourd’hui, elle cherche de nouveaux moyens d’action, de nouvelles idées de communication positives.
(Stéph. Bribard du 10e ayant l’air de dire qu’il n’y a en France aucune restriction d’implantation et un représentant de la mairie de Marseille, dans l’auditoire, approuvant, j’interviens pour rappeler la règle parisienne des 75m, certes rarement respectée ou détournée et là, la mémoire revient à tout le monde.)

Chris Blache de l’association Genre et Ville, expose les problèmes rencontrés par les femmes, la nuit, dans les villes, et présente des idées de dispositifs lumineux simples qui transforment l’environnement urbain.

Stéphane Bribard, du 10e, présente l’arrondissement, rappelle son évolution récente et explique le fonctionnement des commissions de régulation des débits de boisson. Ses mots, ses explications recouvrent assez précisément ce que les riverains sont las d'entendre : ceux qui veulent dormir sont aussi ceux qui font la fête ailleurs, les riverains ont choisi le 10e pour son caractère festif, les Pierrots et culture bar-bars sont de super outils de médiation, c’est bien que le commerce n’ait pas disparu du 10e, que des bars aient remplacé la mono activité du commerce de gros chinois, les riverains ne sont pas conviés à participer aux commissions de régulation parce que ce ne sont des instances de médiation, etc.
Nous avons pu ensuite échanger assez longuement avec lui, notamment sur les commissions de régulation des débits de boisson où la présence d’un représentant des riverains garantit une indispensable transparence. Peut-être avons-nous été entendus.

Le représentant de la mairie de Lyon expose les problèmes de nuisances diverses apparus à la suite de la piétonisation des quais. La ville a adopté une solution radicale : à 3h00 (ou 2h00 ?) l’éclairage élaboré et subtil devient très fort, dispositif simplissime et peu onéreux doublé par un renforcement des patrouilles de police. Résultat : la délinquance a été instantanément divisée par 3.

Interrogé sur la mise en œuvre d’un tel dispositif pour le canal Saint-Martin, Stéph. Bribard répond qu’il n’y a pas de délinquance sur le canal. Je précise que c’est au calme des riverains que je pensais. Là, il n’a pas grand chose à proposer comme dispositifs et de toute façon, cet été, ça n’a pas été trop dur parce qu’il n’a pas fait beau. De plus, beaucoup de gens sont allés sur les rives de Seine. D’ailleurs, les lieux, c’est souvent une affaire de mode et un jour le canal ne sera plus à la mode.

Table ronde très intéressante, autant pour ce qui s’est dit et comment que pour ce qui ne s’est pas dit. Une bonne trentaine de participants, pour l’essentiel, des membres de collectivités locales, et au moins deux journalistes.

Publié dans Actualités | Laisser un commentaire

Conférence nationale de la vie nocturne - Co-construire une politique de la vie nocturne, entre fantasmes et réalités

Les 14 et 15 septembre s'est tenu la Conférence nationale de la vie nocturne à la Cité de la Mode, à Paris. Plusieurs membres des Réseaux "Vivre Paris!" et "Vivre la Ville!" y ont assisté.
Notre compte-rendu de la table ronde « Co-construire une politique de la vie nocturne, entre fantasmes et réalités ».

La table ronde réunissait un représentant de la Préfecture de Police de Paris, des élus de différentes villes d’Europe (Londres, Rotterdam, Nantes, Bordeaux), deux représentants des riverains appelant au développement de la vie nocturne (Zurich et Nantes), un membre du Réseau « Vivre la Ville ! » médecin des hôpitaux, un représentant de l’UMIH-SNEG, le chargé de mission du conseil de la nuit de Paris étant chargé de présenter les résultats d’une enquête faite par l’EFUS sur les pratiques de régulation de la nuit dans différents villes d’Europe.

Les débats étaient répartis en deux temps : les modes de régulation de la vie nocturne / les leviers et obstacles pour le développement de la vie nocturne. Ils ont été fort instructifs à différents points de vue.

D’abord, les débats ont permis de prendre la mesure d’une volonté de différents municipalités d’opérer un véritable changement de paradigme, selon ce qu’en attendent des organisations professionnelles parties prenantes ainsi que certains usagers. En effet, ce qu’ils proposent, c’est de refaçonner nos villes obsolètes selon eux car créées pour y vivre le jour, alors qu’aujourd’hui, il faudrait que la nuit soit comme le jour. D’où le projet de faire vivre la ville 24/7, sous tous les aspects possibles de la vie à terme et, en attendant, par le développement de la vie nocturne « festive ».

Ce qu’il y a eu d’absolument extraordinaire au sens étymologique du terme, c’est la pugnacité des élus présents à la tribune pour faire croire à l’inéluctabilité du changement de paradigme, dont, en réalité, ils sont parmi les promoteurs privilégiés, associés à différents parties prenantes (lobbies, noctambules), cependant que la majorité de citoyens ne les ont jamais élus sur de telles promesses électorales.

Au fil des échanges, ces élus se sont crus autorisés, sous différents prétextes, à crânement balayer l’argument de santé publique que leur a fermement opposé le médecin qui a plaidé pour la prise en considération des plaintes des riverains face aux dérives actuelles (bruit, mais aussi alcoolisation des bruiteurs, déjections et déchets sur l’espace public). Pour Bordeaux, « l’intérêt de la plateforme est que le sujet ne soit pas cannibalisé par le sommeil ». Pour Londres, les chiffres montrent qu’un pourcentage important de jeunes ne boit pas une seule goutte d’alcool, et ces statistiques montrent que ce sont les personnes les plus âgées qui boivent, qui boivent chez elles, ce qui fait qu’il vaut mieux les inviter à sortir pour éviter cette consommation d’alcool (sic). Pour Nantes, la solution se trouve par un dialogue, que la municipalité se félicite d’avoir réussi à établir, même si, le débat a, par l’effet d’une question posée par un membre du Réseau « Vivre la Ville ! », ensuite fait comprendre que les nuisances persistent encore. Pas un seul de ces élus n’a réagi face au représentant des noctambules zurichois, quand il a affirmé qu’il existerait un droit fondamental à être ivre et que la vie nocturne veut sortir de la normalité, par exemple en n’étant pas très propre (sic).

Face à ces positions, le représentant des parties prenantes à l’économie de la nuit n’a plus eu grand-chose d’autre à faire que, tout en reconnaissant qu’il existe bien des situations anormales pour les riverains, de répandre autant de fiel que possible sur les associations qui défendent lesdits riverains victimes, tout en félicitant chaleureusement les autorités publiques parisiennes de la qualité de leur office.

Pour terminer positivement, saluons l’intervention du représentant de la Ville de Rotterdam. Il n’a, en effet, n’a pas hésité à affirmer : « Notre maire pense que le logement est un droit et donc que le droit de dormir prévaut sur celui de faire la fête », tout en expliquant que les plaintes des riverains font l’objet d’un suivi personnalisé et tenace, outil de mesurage acoustique à l’appui pour vérifier si les décibels sont excessifs, dans une ville où d’un côté, il existe des établissements ouverts 24/7 et où, d’un autre côté, l’autorité publique considère que la voie publique doit être épargnée par les décibels, de sorte que les riverains puissent même ouvrir leurs fenêtres. Voici exactement la situation équilibrée qu’attendent les associations de riverains, qui n’ont aucun intérêt à tuer le commerce, mais toutes les meilleures raisons d’exiger que l’on puisse se reposer et dormir chez soi.

Le représentant de la Préfecture de police de Paris, de son côté, a affirmé que le but est de faire coexister la liberté d’aller et venir, la vie nocturne et le droit de faire la fête avec sécurité et tranquillité, en déclinant synthétiquement les règles à respecter pour les horaires et les sanctions encourues par les établissements.

Aussi navrante qu’ait été la tonalité dominante de cette table ronde, il reste que la parole des riverains qui s’y est exprimée - à la tribune ainsi que dans la salle au moment du débat - joue un rôle essentiel pour empêcher certaines villes de se croire autorisées à abuser de leur autonomie contre l’intérêt général.

Publié dans Actualités | Laisser un commentaire